3 Avril.—Le cheval est la plus noble conquête de l’homme; la femme est la plus noble conquête du cheval. Ces deux êtres: la femme et le cheval, étaient faits pour se rapprocher. Chez chacun, belle prestance, amour du collier, goût de l’éperon et confiance dans les rênes à ne savoir, sans rênes, où se diriger. Amazone, la femme est la centauresse. En voiture, l’harmonie est parfaite entre sa personne et l’attelage. Nul mécompte n’était venu refroidir des rapports que les hippodromes n’avaient que resserrés. Les nouvelles idées d’émancipation—au cheval inconnues—ont accusé quelques divergences de caractère. La femme refuse le mors, regimbe contre l’éperon et prétend se conduire seule.

Elle va en bicyclette. Elle ira demain en automobile—automobile à son tour, indépendante et se suffisant, sans maître, ni dieu.

5 Avril.—Un prestigieux poète, M. Jean Lorrain, a conté un conte délicieux que de belles filles miment aux Folies-Bergère, l’Araignée d’or. L’araignée est Mme Liane de Pougy.

Elle n’est pas de Pougy. En entrant en galanterie, après un court noviciat sous son nom d’épouse, elle a pris ce titre. Mais si elle n’est de Pougy elle est bien Liane pour sa souple beauté et ses enlacements.

Elle a tendu sa toile sur Paris. Les moucherons s’y prennent, fascinés, englués, dans les fils invisibles et ténus, depuis le petit fondeur chaud comme caille, jusqu’à l’immortel qui donne le spectacle depuis qu’il n’en fait plus.

Oh! oui, l’araignée d’or, fait de tout l’or qu’elle aspira et qu’elle dégorge.

Sa fonction est nettement sociale. Un tel être inassouvi et charmant est appelé à l’heure voulue. Une fortune s’est édifiée, scandaleuse, de l’épargne de tous perfidement drainée. L’habileté financière en a fait un bloc qui échoit à quelque héritier naturel mais médiocre. Pour le mériter, il ne s’est donné que la peine de naître. Il est riche et connaît l’embarras des richesses. Attends, petit, elle va venir. Elle tendra sa toile. Tu y tomberas. Elle sucera ton or. Et c’est par là qu’elle est nécessaire, car elle le dégorgera ensuite aux quatre coins de sa toile, de Paris, du monde. Liane est un puissant moteur de justice sociale; elle refait la répartition. Les tiens ont pris: elle rend.