—Mais tu n'as donc pas vu le vieux sacripant de père, riant d'avance de la bonne plaisanterie qu'il faisait, en t'exposant à te trouver nez à nez avec son fils?...
Antoinette hocha la tête avec tristesse.
—Ne nous attaquons pas à cet homme: nous ne serions pas les plus forts... Cédons le terrain, c'est ce que nous avons de mieux à faire.
Elle s'appuya fortement sur le bras de Croix-Mesnil. Elle paraissait épuisée. La tante Isabelle suivit avec Robert. Arrivée à la voiture qui les attendait sous la garde du vieux Bernard, Mlle de Clairefont voulut faire monter son frère. Mais il refusa, déclarant qu'il ne se sentait pas en humeur de rentrer.
—Que vas-tu faire? demanda Antoinette, pleine d'inquiétude.
—Ce que je fais tous les ans à la fête: m'amuser, en dépit de ce rabat-joie de Carvajan.
—Promets-moi que tu ne vas pas reprendre la querelle! Oh! viens avec nous: tu m'inquiètes; il me semble qu'il va t'arriver malheur...
Robert eut un geste d'impatience.
—Petite fille, je trouve que tu te mêles beaucoup trop de ce qui ne te regarde pas. Rentre te coucher, et aie un sommeil sans rêves. C'est ce qu'il y a de plus sain pour une enfant de ton âge. Quant à la façon dont doit agir un garçon tel que moi, elle est toute tracée, et tes exhortations n'y changeront rien... Bonsoir...
Il prit la jeune fille par la taille, l'enleva comme une plume, l'embrassa, et la posa sur les coussins de la voiture.