—Mon père, vous avez semé la haine... Il ne faut donc pas que je m'étonne si on nous insulte et si on nous menace... Mais je ne pourrais pas vivre ainsi. Je préfère partir.
—On dira que tu as eu peur...
—Soit!
—Alors tu veux m'abandonner?
—Vous n'avez pas besoin de moi, mon père: vous l'avez bien prouvé.
—C'est donc moi qui m'attacherai à toi, dit Carvajan en passant son bras sous celui de son fils... Tu veux rentrer, rentrons. Demain, quand tu seras plus calme, nous raisonnerons.
Et, tournant le dos à la fête, les deux hommes se dirigèrent vers La Neuville.
Dans la salle de danse, l'émotion causée par l'intervention de Mlle de Clairefont n'était pas encore calmée. La tante de Saint-Maurice, d'abord pétrifiée, avait fini par reprendre ses esprits et, la figure fulgurante:
—Ah! çà, mais qu'est-ce que tout cela signifie? gronda-t-elle... Deviens-tu folle, ma fille? Tu fais des politesses à ce jeune «maltôtier», quand il méritait une bonne leçon pour son impertinence...
—Non! tante, non, c'est nous qui avons eu tous les torts... Il fallait ne pas venir ici, où nous savions que nous n'avions rien que de mauvais à attendre... Il fallait surtout ne pas provoquer ce jeune homme...