—En voilà assez! Allons! houste! À tes moutons!

Le gars ne paraissait pas disposé à obéir, et restait obstinément planté devant la belle fille. Robert, comme s'il faisait sauter d'une chiquenaude une chenille rampant sur le calice d'une fleur, d'un revers de main envoya l'entêté pirouetter dans le jardin.

—Ah! soupira Rose, en ouvrant les yeux, j'ai cru que j'allais perdre le souffle.

—Un peu de punch, dit gaiement le jeune comte, et il n'y paraîtra plus.

—Je vous remercie bien, fit Rose, je n'aime pas les choses fortes... J'ai reçu trop de claques du père Chassevent quand il avait bu... D'ailleurs, il va falloir que je rentre...

—Est-ce que tu as assez de la danse...?

—Ma foi, il fait trop chaud.

L'orchestre entamait un quadrille, et déjà les couples se formaient. Robert, abandonnant ses amis, sortit avec Rose, et la conduisit sous la tonnelle obscure. Au milieu de la ripaille générale, ils étaient bien seuls. Nul ne faisait attention à eux. Ces ivrognes n'avaient plus d'yeux que pour leur verre, et d'oreilles que pour Chassevent qui continuait à chanter. Les jeunes gens restèrent ainsi quelques minutes sans parler, écoutant les vociférations qui suivaient la terminaison de chaque couplet. Robert s'était approché très près de Rose, et, peu à peu, de son bras, lui avait entouré la taille. Elle ne se défendait pas. Elle semblait rêveuse, elle habituellement vive et gaie comme un oiseau. Elle frissonna, et nouant autour de sa tête l'écharpe qui lui avait servi de coiffure pour venir:

—Je me refroidis ici...

—Tu as le cou nu. Ce n'est pas prudent...