—Hélas! mon père... je n'ai plus le loisir de me taire... Sans quoi je vous aurais, peut-être plus tendrement que prudemment, épargné encore de cruelles inquiétudes.

—C'est encore Malézeau qui aura fait des siennes!... interrompit le marquis avec ennui... Ne peut-il arranger ces affaires, sans nous en rompre la tête?... J'ai de bien autres et plus graves préoccupations... Le temps qu'il me fait perdre est précieux...

—Le temps, mon père, vous n'en pouvez plus disposer, dit Mlle de Clairefont... Vous êtes arrivé à l'extrême limite... et l'impatience de vos créanciers ne peut plus être calmée.

Le marquis prit un air à la fois étonné et mécontent.

—Ne leur a-t-on pas fait entendre que j'étais à la veille de réaliser des bénéfices importants avec mon invention nouvelle? Si je ne m'étais pas ingénié à y apporter un dernier perfectionnement, mes brevets seraient pris, et la grande industrie serait ma tributaire... Car tu as vu, fillette, hier soir. Tu ne peux pas nier. C'est certain, évident, palpable!... Et dans quelques jours...

—Vous n'avez plus devant vous que des heures...

—Eh! ces drôles se fâchent réellement? Il me semble qu'ils ont gagné assez d'argent avec moi, depuis trente ans qu'ils me grugent... Ils pourraient se montrer une dernière fois accommodants...

—Mais, mon père, vous oubliez donc que c'est avec M. Carvajan que vous avez à compter, maintenant, avec lui seul? Ou bien M. Malézeau ne vous a-t-il rien dit, la dernière fois qu'il est venu?

L'inventeur se frappa le front, comme une personne qui retrouve au fond de sa pensée un souvenir très effacé.

—Si, ma fille, je me rappelle quelque chose comme ça... Mais je m'étais beaucoup animé, en lui parlant de mon fourneau qui me satisfaisait, quoiqu'il n'eût pas encore subi le perfectionnement décisif... Et, les talons tournés, je n'ai plus pensé à cette misérable affaire... Ah! Carvajan?... oui, oui... Et qu'est-ce qu'il veut?