Un soupçon traversa le cœur de Pascal: il changea de visage, ses poings se crispèrent.
—M. de Croix-Mesnil, murmura-t-il sourdement.
—Oui, M. de Croix-Mesnil. De son affection pour nous il n'aura obtenu que des soucis et de la tristesse, le pauvre garçon!...
Ce fut si doux, si tendre, et cependant si indifférent, que Pascal revint à la vie.
—Croyez, Mademoiselle, déclara-t-il, que je suis prêt à tout tenter pour vous satisfaire... Mais je ne puis engager que moi, et c'est de mon père que vous voulez que je vous réponde.
Il sembla à Antoinette que celui qu'elle voulait conquérir lui échappait.
—N'avez-vous pas tout pouvoir sur lui? reprit-elle avec ardeur. N'ai-je pas vu quelle place vous occupiez dans ses préoccupations? Oh! je vous en prie, soyez pour nous un allié bienveillant, prenez notre cause en mains!... Nous n'avons plus d'espoir qu'en vous... Robert! Rien ne nous touche que Robert; et nous abandonnerons tout ce qui n'est pas lui.
—Votre terre, votre château, le reste de votre fortune... n'est-il pas vrai? dit amèrement le jeune homme.
Elle resta silencieuse. Pour la seconde fois elle avait fait l'offre. Et ne fallait-il pas en arriver là? Malézeau ne lui avait pas caché que ce serait le mot décisif pour le banquier. La Grande Marnière, le but de ses efforts, le rêve de son ambition, la proie montrée à ses alliés. Mlle de Clairefont sentit qu'elle avançait sur un terrain brûlant, mais ne devait-elle point, dans ce traité de capitulation suprême, spécifier les conditions?... Elle n'osait plus parler et regardait Pascal qui marchait dans le cabinet, le front lourd. Il s'arrêta, passa la main sur ses yeux, laissa échapper un soupir qui ressemblait à un sanglot, et s'assit près de la fenêtre, paraissant oublier complètement qu'il n'était pas seul. Il souffrait. Antoinette fut saisie de pitié: elle alla a lui et, avec un accent qui le fit frissonner:
—Vous ai-je blessé? Je vous en prie, pardonnez-moi!...