—Si, pour avoir du génie, il suffisait de vouloir, je vous répondrais de sauver votre frère. Mais je ne dois promettre que ce qu'un homme peut tenir. Soyez sûre, cependant, que je trouverai des forces inattendues dans la conscience de mon bon droit, et que, plus la cause sera difficile, plus je ferai d'efforts pour la faire triompher.

Mlle de Clairefont baissa le front en signe d'assentiment, et se perdit dans une rêverie profonde. Au bout d'un instant, elle soupira, et ses yeux s'emplirent de larmes. Pascal pâlit et fit un mouvement vers elle; elle sourit et dit:

—Pardonnez-moi... J'ai tant de chagrin. Je m'oublie...

Elle reprit sa sérénité un peu hautaine:

—Il faudra, Monsieur, que vous ayez la bonté de venir souvent ici. Nous serons certainement calomniés: il faut que vous appreniez à nous connaître, que vous viviez de notre existence, afin de pouvoir nous défendre. C'est un sacrifice que je vous impose, en vous demandant de fréquenter assidûment une maison où vous ne trouverez qu'un vieillard malade et des femmes attristées. J'espère que vous voudrez bien vous y résigner?

Il s'inclina sans répondre. Il tremblait à la fois de crainte et de joie, ravi de voir les portes du château s'ouvrir devant lui, effrayé en pensant au trouble que cette intimité allait jeter dans son cœur. Ils se dirigèrent vers le salon. En entrant, Pascal entendit Mlle de Saint-Maurice qui disait à Malézeau d'une voix furieuse:

—Mais il n'a pas ouvert la bouche! Jamais un avocat aussi peu bavard ne pourra sauver l'enfant! Non, vous ne me ferez pas entrer dans la tête qu'un avocat puisse faire acquitter son client, s'il ne parle pas deux heures de suite!

Et le marquis de répondre, avec sa petite voix grelottante et vide:

—C'est moi qui ai eu l'idée!... Ne craignez rien, tante... Elle est de moi... Elle est bonne!

Pascal rejoignit Malézeau, salua le vieillard, la tante Isabelle, et, reconduit par Antoinette jusqu'à la grille, s'éloigna. Il se présenta chaque jour à Clairefont, à partir de cette visite et, dès le lendemain, rencontra M. de Croix-Mesnil.