—Eh bien! je ne dirai plus rien! Mais ne me quitte pas ainsi. Pascal, je souffre... Pascal, seras-tu donc intraitable?

Il montra à son fils un visage bouleversé par l'angoisse.

—Adieu, mon père, dit le jeune homme d'un air sombre. J'oublie ce que vous venez de me forcer à entendre... C'est une dernière preuve de respect que je vous donne.

Le vieillard lui cria:

—Reste encore un instant...

Il devint très rouge, ouvrit la bouche pour parler et se tut; il parut en proie à une horrible agitation. Enfin, d'un ton saccadé:

—Tu ne sais ce que tu fais. Tu attires sur toi des colères, dont je ne pourrai peut-être pas toujours te préserver... Ne passe plus jamais par ici!... Quand tu iras là-haut, prends la grande route... Adieu!

Il partit, presque en courant, dans la direction de l'auberge de Pourtois. Pascal rentra chez Malézeau. Il pensa: Mon père a voulu m'effrayer... Qu'ai-je à craindre?

Il continua à suivre, pour aller à Clairefont, le sentier de la Grande Marnière. Deux jours plus tard, comme il regagnait La Neuville, vers six heures, arrivé au détour du sentier, il entendit une détonation, et une branche de bouleau, brisée à un pied de sa tête, tomba sur le chemin. D'un bond, le jeune homme se jeta derrière le talus de la route, et, à l'abri, il attendit, regardant au loin. Dans les rougeurs du soleil couchant, une petite fumée blanche monta, mais la lande resta déserte. Celui qui avait tiré ne parut pas. Il s'était enfui au travers des genêts, ou se cachait dans un trou de marne. Pascal demeura là, quelques instants, puis, se courbant pour ne pas être vu, il s'éloigna.

—Il n'y a pas à s'y tromper: c'était Chassevent, se dit-il. Mais comment n'a-t-il pas tiré son second coup?... Il avait le temps... Peut-être se proposait-il seulement de me faire peur?... Cependant la balle a passé bien près.