Ils étaient devant la porte surmontée des panonceaux. Ils entrèrent.
—Vous allez souper, n'est-ce pas? demanda Malézeau.
—Je vous avouerai que je meurs de faim et que je tombe de fatigue.
—Allons, ma chère, dit le notaire à sa femme qui descendait l'escalier quatre à quatre, prodiguant les félicitations d'une voix émue, voilà un jeune triomphateur qui a moins besoin de compliments que d'un poulet froid... Ouvrez-nous la salle à manger.
Pascal dormit cette nuit-là d'un sommeil de victoire. Il faisait grand jour quand il se réveilla. Dans le jardin, dénudé par le vent d'automne, les oiseaux se poursuivaient en criant. Le jeune homme se leva, et, voyant le ciel tout bleu: Ils sont heureux ce matin à Clairefont, murmura-t-il, la promenade doit être bonne, au soleil, sur la terrasse.
Son imagination lui montra sur le sable doré, le long de la balustrade de pierre, une élégante jeune fille qui passait. Elle n'était plus vêtue de noir, sa robe était claire et gaie ainsi que sa pensée. Un grand jeune homme marchait à ses côtés, comme il l'avait fait, lui, presque chaque jour, aux temps de tristesse. Mais le bonheur, rentrant dans la maison, en avait chassé le défenseur, et celui qui accompagnait la promeneuse était maintenant Robert ou Croix-Mesnil. Pascal se dit: Ne savais-je pas d'avance qu'il en serait ainsi? Vais-je me plaindre? Non! non! qu'ils soient joyeux au prix même de ma joie. En leur rendant la paix de l'esprit et la sérénité du cœur, j'ai acquitté la terrible dette de mon père, voilà tout!
Il descendit au jardin et longea les bordures de buis, en écoutant le murmure du petit jet d'eau, qui chantait dans un bassin au milieu de la pelouse. Comme onze heures venaient de sonner à l'horloge de la mairie, une fenêtre du rez-de-chaussée s'ouvrit, et Malézeau parut, disant: Pascal, venez donc dans mon cabinet.
Le jeune homme entra dans la maison, traversa l'étude, ouvrit une porte et, au coin de la cheminée du notaire, aperçut son père. Il resta immobile, regardant le vieillard, qui lui parut très changé. Malézeau prit des papiers et passa dans l'étude, laissant les deux hommes en présence.
—Pascal?... dit Carvajan, et il lui tendit la main. Froidement, le fils y plaça la sienne. Il fit asseoir son père, et se tint debout devant lui.
—Veux-tu que tout soit oublié? demanda le maire après une hésitation. Tu vois, c'est moi qui viens à toi... J'ai eu des torts... Mais tu me les as fait durement expier.