—Ah! enfin! Voilà mon compagnon d'exil, s'écria Mlle de Saint-Maurice. Et prenant l'avocat par les épaules, elle l'embrassa sur les deux joues. Ah! mon cher enfant, aujourd'hui, hein! nous avons un poids de moins sur le cœur?...

Pascal s'était cérémonieusement incliné devant Mlle de Clairefont. Il chercha Croix-Mesnil auprès d'elle. Il ne le vit pas. Le baron était reparti le matin même pour Évreux. Le marquis trouva des paroles affectueuses pour remercier le défenseur de son fils. Depuis trois semaines sa santé avait fait de très grands progrès. Il avait recouvré la plénitude de ses facultés, mais, de la violente secousse qu'il avait éprouvée, il lui était resté une indolence invincible. Il ne s'occupait plus de ses inventions et le laboratoire restait vide. Il expliqua lui-même à Pascal ce singulier changement et le résuma gaiement:

—Je ne veux plus travailler du tout, dit-il; c'est, je crois, le meilleur moyen de refaire ma fortune.

Il prit le bras du jeune homme et se promena lentement avec lui le long de la terrasse.

—Nous avons, je le sais, des questions d'intérêt à régler ensemble, dit-il, au bout d'un instant, mais je ne vous ferai pas l'injure de vous parler d'argent... Malézeau est là pour tout arranger.

—Je m'en occuperai très sérieusement avec lui, monsieur le marquis, si vous voulez bien m'y autoriser. J'ai lieu de croire que l'exploitation de la Grande Marnière doit être pour vous d'un très grand profit. Un directeur actif remettra l'affaire en valeur. Je me charge de trouver un ingénieur qui se dévouera à l'entreprise.

Le marquis l'écoutait en l'observant du coin de l'œil. Le jeune homme développa ses vues avec une lucidité pratique qui frappa beaucoup M. de Clairefont. Lorsque, las de marcher, le vieillard fut revenu auprès de la tante Isabelle et d'Antoinette, il profita d'un moment où Pascal et Robert s'étaient éloignés, et dit:

—Je viens de causer industrie avec M. Carvajan... Il m'a étonné: c'est vraiment un homme très remarquable.

—Croyez-vous m'en apporter la première nouvelle? s'écria impétueusement la tante de Saint-Maurice. Je le connais, moi, qui ai vécu avec lui, comme une mère avec son fils. C'est tout bonnement un aigle!... Et vous vous donnez des airs de le découvrir.

Antoinette, penchée sur sa broderie, ne prononça pas une parole, mais ses doigts, en tirant l'aiguille, eurent une étrange agitation. Pascal resta à dîner au château, se montra plein de réserve, et, vers dix heures, prit congé. Robert lui offrit de le reconduire jusqu'à la petite porte du parc, et comme il embrassait sa tante: