Vers trois heures, Robert vint relancer Pascal. On s'étonnait au château qu'il ne se fût pas encore présenté. La tante Isabelle était furieuse.

—Je me suis occupé de vous, dit le jeune homme. Mlle de Saint-Maurice me pardonnera.

Ils partirent pour Clairefont, par un bel après-midi d'automne. Les hêtres du parc avaient pris des tons de rouille qui faisaient paraître plus sombre la verdure des sapins. L'air était doux, et les alouettes en chantant planaient au soleil. Ils suivirent le sentier dans lequel Pascal avait entendu siffler la balle de Chassevent. Le jeune homme montra à son ami la branche du bouleau brisée.

—Il est bien heureux que le coquin n'ait pas tiré avec des chevrotines, dit le comte. Il vous aurait probablement tué... Et moi, où serais-je?

À cent mètres de là, Robert s'arrêta, et indiquant dans le fourré une large coulée, piétinée comme par un passage fréquent:

—Tiens! les grands animaux viennent par ici la nuit, en ce moment? dit-il.

Pascal se courba et tâcha, dans la terre marneuse du sentier, de découvrir le pied d'un animal. Il ne vit que des traces larges et confuses.

—Oh! ne cherchez pas. Voyez comme les branches sont brisées haut: ce sont certainement des cerfs... Si vous voulez, nous leur dirons deux mots, un de ces jours.

Pascal ne répondit pas. Il réfléchissait. Ils arrivèrent en silence jusqu'au château, entrèrent au salon qu'ils trouvèrent vide, et descendirent sur la terrasse. Sous un des berceaux toute la famille était réunie.

Dans un grand fauteuil de jonc, le marquis se prélassait paresseusement, pendant qu'Antoinette lui lisait le journal. La tante Isabelle, plus rouge que jamais, travaillait à son éternel tricot. Pour la première fois, depuis bien longtemps, les habitants de Clairefont avaient repris leur douce vie intime. Ils ne se fuyaient plus, essayant de se cacher leurs angoisses et leurs larmes. Ils n'avaient plus à se montrer que des visages souriants. Ce fut Fox qui, par ses aboiements joyeux, signala l'arrivée des deux jeunes gens.