Le coquin, sans répliquer, était parti pour Louviers, où il avait de la famille. Après avoir donné toutes ces explications, Malézeau avait demandé quelques signatures.

—Vous m'excuserez, monsieur le marquis, si je mets tant de précipitation à régler toutes ces affaires, mais M. Pascal part demain, et alors...

—Il part? dit la tante de Saint-Maurice avec éclat. Et où va-t-il?

—Je l'ignore, Mademoiselle, dit le notaire dont les yeux papillotèrent. Je ne crois pas cependant que M. Pascal ait l'intention de quitter le continent.

—En vérité? C'est bien heureux! s'écria violemment la tante Isabelle. Il ne manquerait plus qu'il allât encore en Amérique, dans des contrées où la fièvre jaune s'attrape, comme ici la grippe! Mais pourquoi s'en va-t-il? Quelle rage a-t-il de voyager?

—Mon Dieu, Mademoiselle, reprit Malézeau, que voudriez-vous qu'il devînt dans ce pays-ci? Il a rompu toutes relations affectueuses avec son père, il s'est fait des ennemis implacables de tous ceux qui convoitaient un morceau du domaine. La vie lui serait insupportable. Et, quel que soit mon chagrin de le voir s'éloigner, car nous avons pris l'habitude de le traiter comme l'enfant de la maison, Mme Malézeau et moi, et il nous manquera singulièrement, je ne puis cependant pas lui déconseiller une résolution que je trouve courageuse et sage.

—Pourquoi courageuse? Pourquoi sage? dit la vieille fille d'un air menaçant.

Le notaire devint froid, et dit:

—M. Pascal a d'autres motifs que je ne puis révéler.

Un silence profond suivit ces paroles. Personne n'était plus à la conversation. Robert et Croix-Mesnil pensaient aux motifs cachés que Pascal pouvait avoir de s'éloigner: le premier, avec la surprise brouillonne d'un homme qui ne s'est jamais arrêté à observer ce qui se passe autour de lui, le second, avec la pitié mélancolique d'un amoureux qui, sans espérance, constate que son rival souffre autant que lui-même.