—En résumé, il n'y a qu'un mot qui serve. Veux-tu te charger de mes affaires?
Pascal hésita pendant une seconde, puis le rouge lui monta au visage, et, nettement, il répondit:
—Non.
—Ah! ah! fit sur deux tons Carvajan, tu es un gaillard qui ne mâches pas les paroles... Mais comptes-tu que je vais te nourrir ici à ne rien faire?
—Je m'occuperai, mon père, ne craignez rien... Et je vous supplie de ne pas me contraindre.
—En ai-je manifesté l'intention? fit rudement Carvajan... Crois-tu que j'aie besoin de toi? J'aurais été heureux de t'associer à mes opérations, et de te faire profiter de mon expérience. Tu fais le dédaigneux et prétends te suffire avec tes propres forces. Il est possible que j'aie engendré un aigle... Mais, jusqu'à preuve contraire, je pense que tu n'es qu'un oison... Bonsoir, mon garçon: tu poses pour l'homme à préjugés. Nous verrons ce que cela te rapportera dans la vie...
Il ouvrit la porte, fit signe à son fils de sortir, et, sans rien ajouter, s'enferma dans son cabinet. Resté seul, il marcha pendant quelque temps en silence, la figure gonflée par l'agitation. Enfin il s'arrêta et, frappant sur son bureau avec violence:
—Comme il m'a carrément rompu en visière! s'écria-t-il. Un marmot de vingt ans qui se permet de critiquer son père! Eh! sacrebleu! je l'ai laissé libre... C'est la première fois que je supporte la résistance... Ma parole d'honneur, je crois qu'il m'a interloqué!...
Il agita la tête, resta pensif un instant puis, avec un demi-sourire:
—C'est égal, il sait ce qu'il veut: c'est un Carvajan!