—Oui, Monsieur le marquis, il a racheté en sous main toutes vos créances, Monsieur le marquis, il veut que vous n'ayez affaire qu'à lui...

Toutes les illusions de l'inventeur se dissipèrent en un instant. Sa fausse sécurité disparut; il entrevit l'abîme ouvert devant lui, et vers lequel il marchait d'un pas si précipité. Pendant qu'il se complaisait dans ses songes, son ennemi poussait son œuvre de ruine.

Le marquis ressentit une impression de froid au cœur, ses oreilles tintèrent, il vit tout sombre, comme si le ciel s'était subitement couvert.

La voix de son fils le rappela à lui-même. Le jeune homme sortait, son fusil sur l'épaule, accompagné de sa sœur, insouciants, joyeux, l'un et l'autre. Antoinette marchait, abritant sa tête charmante sous une ombrelle rouge.

—Père, cria-t-elle de loin, venez-vous avec nous? M. Tondeur nous emmène jusqu'aux coupes.

—Non, mon enfant. Il faut que je rentre travailler.

Il les suivit tous les deux d'un regard attendri: lui, souple et vigoureux avec sa carrure athlétique; elle, grande et svelte, avec sa taille élégante. Ses enfants, son bien le plus précieux, son unique amour. Les laisserait-il exposés à la vengeance de Carvajan? Ne saurait-il pas disputer à son ennemi leur présent et leur avenir?

Une flamme lui monta au cerveau: il se sentit une force nouvelle. Il se jugea capable de réaliser des prodiges. Pour son malheur, il chercha le salut dans ses hasardeuses spéculations. Il se livra de nouveau à sa chimère. Et quand il avait encore, avec de l'ordre et de la patience, le moyen de sortir de ses embarras financiers, il se prépara à descendre plus avant dans le gouffre où croulait sa fortune.

—Obtenez seulement de Carvajan qu'il me donne du temps, dit-il au notaire, et je réponds de tout.

Il jeta un regard profond sur son château, et, d'une voix prophétique: