—Vous savez, monsieur Carvajan, je ne suis pas homme à vous donner un conseil à la légère, disait le notaire; eh bien, n'usez pas de rigueur envers M. de Clairefont, donnez-lui quelques facilités...

—Qu'entendez-vous par là? demanda le banquier.

—Monsieur, ne le poussez pas l'épée dans les reins, comme vous le faites depuis un an; laissez-le respirer, ou, en un mot, accordez-lui du temps...

—Le puis-je? Ce n'est pas moi qui ai prêté. Je ne suis que tiers porteur, et si je fais de la générosité avec le marquis, pendant ce temps-là mon gage peut se déprécier. Je peux arriver à perdre...

—Vous ne le pensez pas!

—Il faut toujours le penser.

—Qui sait si, au contraire, avec un peu de répit, M. de Clairefont ne parviendrait pas à s'acquitter d'une partie de sa dette?...

À ces mots, Carvajan, qui s'était montré, depuis le commencement de l'entretien, froid et rogue, devint souriant et patelin. Il prit Malézeau par le bras, s'appuyant familièrement sur lui, le caressant du regard et l'enlaçant du geste.

—Est-ce qu'il y a du nouveau? Contez-moi donc cela! Est-ce que le baron de Croix-Mesnil se décide à épouser?... L'eau va-t-elle revenir au moulin?...

Déjà le notaire se repentait d'avoir éveillé l'attention de Carvajan. Il se sentit trop avancé et voulut battre en retraite. Mais le banquier n'était pas homme à lâcher prise facilement. Insinuant et impérieux tout ensemble, priant et commandant à la fois: