Cette fois, l'étonnement de la tante Isabelle devint de la stupéfaction. Elle resta un instant muette, puis, poussant un soupir qui ressemblait à un hennissement, le visage incendié par l'émotion qu'elle éprouvait:

—Voilà qui est un peu fort, s'écria-t-elle. Comment cela a-t-il pu se faire? J'ai envoyé Bernard, moi-même, hier soir, porter la bourse dans ton prie-Dieu. Se serait-on permis, par hasard, de fouiller?...

—Mais, tante, interrompit la jeune fille, avec une vivacité enjouée, en tout cas ce n'est pas un voleur, puisqu'au lieu de me dérober quelque chose, on m'a laissé de l'argent pour les pauvres. D'ailleurs a-t-on eu besoin de fouiller comme vous dites? Bernard n'a-t-il pas pu, tout simplement, poser la bourse sur mon prie-Dieu? Enfin, je vous prie, de quelle importance est cette affaire, pour qu'autour vous meniez si grand bruit?

Elle avait des larmes dans les yeux. La tante Isabelle craignit de lui avoir fait de la peine, et voulant la calmer, elle dit en riant:

—Allons! tu verras que c'est le baron qui se sera levé au petit jour pour aller «en catimini» te préparer la surprise de son offrande.

—Tante, vous savez bien que cela ne peut être; M. de Croix-Mesnil n'est pas matinal, d'abord, et, ensuite, il ne savait pas que je devais quêter...

—Je ne vois personne dans le pays à qui faire honneur d'une telle libéralité, dit Mlle Bihorel, songeuse.

—Et aucun étranger, à ma connaissance, n'est venu visiter l'église, ajouta le curé. Il s'arrêta brusquement, son visage s'éclaira, et, frappant ses mains l'une contre l'autre:

—À moins que ce ne soit le jeune homme que j'ai vu ce matin, en faisant le tour de l'église, pour la bénédiction.

—Quel jeune homme? s'écria Mlle de Saint-Maurice, dont les sourcils se froncèrent.