Et il semblait à Mlle de Clairefont que le visage de Jacob, qu'elle n'avait jamais regardé attentivement, offrait une singulière ressemblance avec celui d'une personne qui ne lui était pas étrangère. Elle connaissait cette figure énergique, encadrée d'une barbe brune, ces yeux perçants. Mais elle ne pouvait y mettre un nom. Elle cherchait dans sa mémoire et ne trouvait pas. Le prêtre avait déjà quitté l'autel. Tous les assistants s'étaient levés, se hâtant vers la sortie, qu'Antoinette demeurait encore immobile et absorbée.

—Allons, ma chérie, il faut nous en aller, dit la tante Isabelle. Mon cher baron, veuillez nous attendre devant le porche. Nous avons à rendre des comptes à notre cher curé.

M. de Croix-Mesnil s'inclina silencieusement et gagna la porte, pendant que les deux femmes se dirigeaient vers la sacristie. Le curé de Clairefont, prêtre doux et simple, avait baptisé Antoinette et lui avait fait faire sa première communion. Les deux femmes le trouvèrent ôtant ses vêtements sacerdotaux. S'arrachant aux mains de sa sœur, qui lui dégrafait son surplis, il s'élança au-devant d'elles.

—Au nom du ciel, mon cher abbé, ne vous dérangez pas, s'écria la tante de Saint-Maurice, nous ne faisons qu'entrer et sortir... Antoinette vous apporte sa collecte, et nous nous sauvons... Excusez-nous...

Mlle Bihorel, ouvrant la bourse de velours, en versait déjà le contenu sur la table de bois, et l'or, l'argent et le cuivre se répandaient pêle-mêle; elle poussa un cri de surprise:

—Voyez, mon frère...

Le prêtre sourit, et prenant les mains de la jeune fille:

—Vous avez été prodigue... Je reconnais là votre cœur... Mais c'est trop, mon enfant, et je devrais vous gronder plutôt que vous remercier.

À ces mots, les joues d'Antoinette s'empourprèrent, elle essaya de se détourner, mais les regards de la tante de Saint-Maurice se fixèrent sur elle, avec une telle expression d'étonnement qu'il lui fut impossible de se taire.

—Je ne mérite aucun remerciement, monsieur le curé, dit-elle vivement. Cet argent ne vient pas de moi: je l'ai trouvé dans ma bourse avant de commencer la quête.