—En un jour, la situation dans laquelle je me trouvais a été si gravement changée, que je ne devais plus consentir à vous épouser. Vous dire la vérité, c'eût été vous mettre dans l'obligation de passer outre, ou de vous retirer d'une façon qui pouvait vous paraître humiliante. Par délicatesse, je ne l'ai pas voulu... Nous avons joué tous les deux le même rôle, nous avons eu une abnégation pareille, une dignité égale, et nous en avons été bien mal récompensés l'un et l'autre, puisque je vois que vous souffrez, et que je ne puis rien pour vous consoler.
—Quoi! rien? dit le jeune homme avec douleur. Mais qu'y a-t-il donc de si grave, que ni vous ni moi ne puissions y remédier?...
Il fit un geste de désespoir.
—Ah! le vrai, le seul motif, c'est que vous ne m'aimez pas! Si votre cœur m'appartenait, vous n'auriez pas tant consulté votre raison.
—J'ai pour vous une affection profonde, et qui sera inaltérable, dit Antoinette.
—Une affection de sœur... Ce n'est pas celle que j'attendais de vous.
—Une affection qui me faisait vous tendre la main avec confiance et joie.
—Mais qui n'a pas été la plus forte, cependant, et m'a sacrifié...
—À une affection plus ancienne, plus impérieuse, celle que j'ai pour mon père.
—Eh! ne l'aimiez-vous pas assez déjà? s'écria le jeune homme avec jalousie.