Il porta militairement la main à son képi et disparut dans les broussailles qui lui servaient de poste d'observation.
Pierre Laurier et Davidoff se remirent en marche, retournant vers la ville.
—J'envie le sort aventureux des hommes qui sont en butte aux menaces de ce brave gabelou. Ils courent, en ce moment, sur la mer, attentifs et circonspects, prêts au trafic ou à la bataille... Leur coup fait, ils répartiront pour une expédition nouvelle et des dangers inconnus... Ils ne pensent à rien qu'à leur dur et capricieux métier... Je voudrais être à leur place.
—Partez! Le comte Woreseff, que j'accompagne à bord de son yacht, quitte Villefranche après-demain. Il va en Égypte: nous touchons à Alexandrie, nous remontons le Nil, jusqu'à la deuxième cataracte, nous visitons Thèbes, le désert, les Pyramides... C'est une expédition de deux mois, avec le plancher d'un bateau magnifique sous les pieds, et les splendeurs d'un ciel d'Orient sur la tête... Vous savez avec quel plaisir le comte vous emmènera... Vous travaillerez, vous chasserez... Et surtout vous oublierez!
—Non! Je serais trop tranquille, trop choyé, trop heureux, auprès de vous. Je ne courrais pas de dangers qui absorbent, je ne prendrais pas de fatigues qui écrasent; tout, autour de moi, serait trop civilisé... Ce qu'il me faudrait, c'est la vie sauvage. Si vous vous engagiez à me faire capturer par des Touaregs, qui m'emmèneraient captif à Tombouctou... je vous suivrais... Cette fois ce serait le salut!
—Je ne puis vous promettre de telles aventures, dit Davidoff en souriant... Il me faut donc vous abandonner à vous-même.
Ils étaient arrivés devant une très belle villa, peinte en rose, dont les fenêtres brillaient au travers des verdures touffues.
—C'est dit, vous entrez? demanda le médecin. Adieu donc, car je ne sais si je vous verrai demain, et bonne chance.
Ils se serrèrent la main, et, pendant que le Russe regagnait la ville, le peintre traversait le jardin. Il sonna à la porte de la maison. Un valet de pied lui ouvrit, le fit pénétrer dans un vestibule en forme de patio arabe, orné au centre d'un bassin, sur le fond bleu duquel nageaient des cyprins aux écailles d'or. Autour des colonnes, qui décoraient cette entrée, des rosiers grimpants s'élançaient. Au fond, un escalier de marbre blanc montait jusqu'au premier étage.