—Et le tableau auquel travaillait Pierre, l'avez-vous regardé, vous le rappelez-vous?...

—Oui. Il y avait un tombeau ouvert.... Et le mort se dressait vivant.... J'y ai vu un présage.

Davidoff hocha la tête, très saisi par cette extraordinaire révélation. Évidemment, c'était lui qui, par la pensée, avait fait voir à Mme de Vignes l'église de Torrevecchio, et la Résurrection.... Mais le bruit des flots, frappant l'oreille de la jeune fille, à l'heure même où Pierre était en mer?... Comment l'expliquer?

Il resta silencieux, et, quoi que Juliette fit, il ne donna pas d'éclaircissements nouveaux. Mais son attitude, ses paroles, sa physionomie, tout annonçait un événement prochain. Le docteur laissa la jeune fille dans une agitation, qui lui parut favorable, et partit. Le soir, vers neuf heures, arrivé à la porte de Mme de Vignes, en compagnie de celui qui était si ardemment désiré, il eut un violent battement de coeur. Il serra fortement le bras de son ami, et lui montrant la dernière fenêtre de l'entresol:

—Restez dans la rue, dit-il, les yeux fixés sur cette croisée. Lorsque vous m'y verrez paraître, montez. Mais, à ce moment seulement.... Je vais, moi, préparer votre réception.... Je suis plus troublé que je ne puis vous le dire....

Il entra dans la maison, et laissa le peintre sur le trottoir. Seul, Laurier fui saisi d'une émotion semblable à celle qu'il avait éprouvée sur le promontoire de Torrevecchio,

en face de la mer, quand, après avoir reçu la lettre de Davidoff, il s'était interrogé pour savoir s'il était digne de revoir Juliette.

Une sorte d'attendrissement mystique s'empara de lui, pendant qu'il attendait l'instant de se présenter devant la jeune fille. Il était recueilli et grave, avec le sentiment qu'il accomplissait un devoir de réparation. Pas d'impatience, la quiétude heureuse d'un converti qui va abjurer ses erreurs, obtenir son pardon et vivre en paix avec le ciel et la terre.

Il restait adossé à la muraille, les yeux fixés sur la fenêtre, pensant à la scène qui se passait dans cet appartement obscur et silencieux. Rien ne bougeait, tout demeurait muet. Un immense apaisement régna dans l'âme du jeune homme. En lui un seul sentiment subsistait: sa tendresse pour Juliette. Il se rappela l'amour naïf et timide de l'enfant, il fit le compte des peines qu'elle avait souffertes et dont il était l'auteur, et seul, dans la nuit qui descendait, il jura de les lui faire oublier.