—Où sommes-nous? demanda Pierre.
—Par le travers de Livourne... Cette ligne de côtes blanches, que vous apercevez sur la gauche, c'est Viareggio... Mais, voici le patron, avec Agostino... Il veut vous remercier...
Pierre eut à peine le temps de se reconnaître; un petit homme, brun de barbe et de cheveux, au teint olivâtre éclairé par de grands yeux et un bon sourire, se précipitait sur lui, le serrant déjà dans ses bras.
—C'est toi qui m'as sauvé... s'écria-t-il, avec un violent accent italien, tu peux compter sur moi à ton tour: ma vie t'appartient!...
—Bien! bien! mon camarade, dit le peintre en se dégageant doucement.
Il examina Agostino, le vit à peine âgé de vingt ans, et lui mettant la main sur l'épaule:
—Tu étais vraiment bien jeune pour mourir... Mais ce sont tes compagnons qui t'ont tiré d'affaire; moi, je me noyais avec toi.
—C'est justement cela qui m'attache à toi, dit Agostino avec chaleur... Tu coulais et tu ne m'as pourtant pas lâché... Oh! tu viendras au pays pour que ma mère et ma soeur te remercient... Mais comment t'appelles-tu?
—Pierre...