A son tour Agostino examina son sauveur:
—Tu n'es ni un pêcheur, ni un marin, ni un ouvrier... tu es un monsieur...
—C'est ce qui te trompe: je suis ouvrier... je fais de la peinture.
—Oh! de la peinture fine et soignée alors!... Peut-être les figures d'hommes ou de femmes, qui regardent par les fausses fenêtres des villas?... Peut-être les enseignes des magasins... Peut-être les madones des coins de rues?...
—Justement, dit Pierre. Et si, dans ton pays, je trouve de l'ouvrage, je m'y fixerai pour quelque temps.
—Les Corses ne sont pas riches, dit le patron... Mais si tu veux donner un coup de badigeon au saint Laurent, qui est à l'avant du navire...
—Oui, certes, quand nous serons au port... Ce sera le prix de mon passage, si tu ne trouves pas que ce soit trop peu de chose.
—C'est nous qui sommes tes débiteurs, interrompit le contrebandier... Ce que tu feras pour le bateau, nous l'accepterons de bonne amitié, mais nous serons encore en reste avec toi.
—Voilà donc qui est entendu! s'écria gaiement Pierre. Et peut-on savoir où nous allons de ce joli train?
—A Bastia.