—Merci. Je vous obéis.

Le père étouffa un profond soupir, jeta sur son fils un regard navré et s'éloigna. Le docteur Augagne s'assit près de son malade, sa belle tête penchée vers ce jeune homme qu'il avait vu naître. Et il pensait avec mélancolie aux fatalités de la vie qui avaient donné pour fils ce faible, inconscient et voluptueux Christian à ce rude, laborieux et tenace Vernier. Comme si la destinée décevante se plaisait à renverser l'échafaudage des ambitions humaines, à Vernier, acharné à construire vaste et haut l'édifice de sa fortune, elle donnait Christian, agent de destruction, chargé de ruiner l'œuvre paternel.

Cependant, le docteur Augagne le regardait dormir, suivant sur sa physionomie, peu à peu calmée et adoucie, les progrès de l'apaisement du système nerveux.

Enfin Christian poussa un soupir. La pendule venait de sonner une heure du matin et le timbre vibrant paraissait réveiller la pensée du malade. Il ouvrit les yeux et son regard n'était plus le même. Il était clair et intelligent. Il s'étira sans se redresser, comme s'il se trouvait bien, couché dans ce fauteuil. Il sourit au médecin et, d'une voix tranquille, comme s'il ne se souvenait plus de la scène affreuse où il venait de déchirer le cœur de son père:

—Tiens! c'est ce bon docteur.... Ah! j'ai eu besoin de votre secours, cher monsieur Augagne?

Il roula d'un air dolent sa tête sur le dossier du fauteuil:

—J'ai encore fait des bêtises, tantôt.... Et vous êtes venu pour me soigner?...

Le médecin lui fit signe de ne pas parler; et prenant sur la table le gobelet au fond duquel restait encore une partie de la potion préparée par lui:

—Buvez ceci, dit-il, après nous causerons.

Christian, avec la docilité d'un enfant, vida le gobelet que le docteur lui présentait. Alors seulement il parut vaguement se souvenir: