—Mais, mon petit, reprit brutalement Christian, tu devrais comprendre que si quelqu'un a des observations à présenter sur les convenances ou la morale, ce n'est pas toi! Et puis, zut, tu sais! Je suis ici pour m'amuser, et je ne veux pas qu'on me rase.
—C'est fort bien! dit Raymond d'un air glacé. Il se leva et, saluant les dames, s'apprêtait à sortir. Mais Étiennette, trop fine pour laisser le baron partir fâché, intervint avec son autorité coutumière:
—Mon cher Templier, ne vous guindez pas. Christian est un serin....
—Moi? Eh bien! Par exemple! Tu en as une santé de me....
Elle lui coupa la parole:
—Tu es un serin, parfaitement. D'abord parce que tu reçois mal ce gentil garçon qui vient ici pour te rendre service; ensuite, parce que tu risques, en manquant d'égards, de mécontenter ton père.... Et enfin....
—Ça suffit, grogna Christian. La paix, baron. Tu diras à mon père que j'irai le voir demain matin, à son bureau. Ce soir, j'ai vraiment, pour causer avec lui, un peu trop de vent dans mes voiles.
—Bonsoir, alors.
Sur cette demi-satisfaction, Raymond serra les mains, en souriant à la ronde, et s'en alla.
Le lendemain, vers onze heures, Vernier était dans son cabinet de la rue de Châteaudun, assis en face de Mareuil, et fort occupé à dépouiller un volumineux courier, lorsque Christian entra sans frapper. Il était fort dispos, l'œil vif et la lèvre souriante. Une nuit tranquille l'avait remis d'aplomb. Il alla à son oncle qu'il embrassa, comme un bébé, et voulut en faire autant pour son père. Mais Vernier le tint à distance d'un geste énergique, et, le regardant avec un air pincé: