A cette simple déclaration, formulée d'une façon très nette, mais sans aigreur, Mlle Dhariel tressaillit. C'était le premier coup porté par l'adversaire, et elle se sentait atteinte. Elle voulut riposter, et se redressant.

—Mais, monsieur, l'affection qui m'attache à votre fils ne me donne-t-elle pas des droits particuliers?..

Vernier la coupa d'un geste sec et dit:

—Aucun droit. Si des soins étaient nécessaires, en dehors de ceux qui lui seront donnés, je serais là pour y pourvoir. Christian n'est pas orphelin, il a encore son père; je suis bien aise de vous l'apprendre. N'essayez donc pas, je vous prie, de vous substituer, en quoi que ce soit, à moi ou aux miens.... J'ai dû supporter beaucoup d'empiétements de votre part.... Mais, en cette occasion, je n'en tolèrerais aucun.

Étiennette éprouva le besoin de changer le terrain sur lequel elle évoluait, depuis un instant, et qui ne paraissait pas lui être favorable. Elle pencha la tête avec tristesse, et dit d'une voix tremblante:

—Est-ce donc pour me faire entendre des paroles si mortifiantes que vous êtes venu chez moi?

—Pas du tout. Je ne suis venu que pour vous avertir de la part de Christian qu'il ne rentrerait pas à Tourgeville ce soir. J'aurais pu vous envoyer tout simplement une dépêche. J'ai trouvé plus convenable de vous apprendre moi-même l'accident de mon fils, afin d'amortir, dans la mesure du possible, le coup que cette nouvelle ne devait pas manquer de vous porter.

Étiennette serra les poings et baissa ses paupières pour que Vernier ne vît pas l'éclair de son regard. Elle pensa: «Ah! vieille canaille! Tu te fiches de moi par-dessus marché! Tu me le paieras! Mais, puisque tu veux blaguer, blaguons!»

Elle eut un sourire d'angoisse et dit:

—Je vous suis reconnaissante, monsieur, de tant de bonté. Vous n'avez pas douté du chagrin que j'allais ressentir.... Merci, merci de tout mon cœur! Voudrez-vous bien, puisque j'ai la douleur de ne pouvoir soigner Christian, me faire savoir chaque jour comment il se porte?