—Je crois que vous vous exagérez singulièrement mon état.... Je ne me sens pas si bien que vous le dites.... J'ai eu encore, hier, de violentes douleurs dans la cheville.... Sans doute, je pourrais, je crois, rentrer à Tourgeville.... Mais quelle figure y ferais-je? Me montrer à l'état d'invalide, avec une jambe en bandoulière, me portant sur des béquilles.... Autant rester ici, où je me guérirai promptement et mieux.

—Oui, sans doute, mais la discrétion?... La famille Harnoy....

—Ah! ce sont des gens parfaits! Ils ne me mettront pas à la porte! interrompit Christian avec vivacité. Je sais ce qu'ils pensent.... Ils me verront partir à regret.... Et moi je n'ai pas envie de les quitter.... Pour être discret, je ne veux pas risquer de me montrer ingrat.

—Bon! bon! A votre guise. C'est affaire à vous et à votre père. Il y a toujours moyen de s'acquitter envers les gens. Et avec un beau cadeau....

Cette fois, Christian se mit pour tout de bon en colère:

—Plaisantez-vous? Un cadeau! Pour s'acquitter de pareils soins, et d'une telle bonté? Sommes-nous des pleutres?

Le docteur Augagne hocha la tête:

—Mon cher, la famille Harnoy ne roule pas sur l'or. J'ai pris mes informations. Le père est dans des affaires difficiles.... Et la situation où il se trouve fait que votre présence chez lui est une assez lourde charge pour ses finances.... On met pour vous les petits plats dans les grands.... Au lieu de vivre économiquement, on fait du luxe....

—Mais je ne me doutais pas de cela! s'écria Christian avec émotion. Voilà donc pourquoi Mlle Geneviève raccommode ses robes, et travaille avec tant d'activité? Et je demande, à chaque instant, des choses coûteuses à ces bonnes gens! Suis-je bête? Et ne pouviez-vous m'avertir plus tôt?

—Je ne savais rien. C'est un ami de Paris que j'ai rencontré, hier, qui m'a renseigné sur la famille Harnoy.