—Oh! je vous en prie, ne vous imposez aucune réserve. Dites-moi, en toute franchise, ce que vous pensez.

Elle agita sa tête d'un air triste:

—Non! Je n'aurais qu'un langage déplaisant à vous faire entendre. A quoi bon?

—A m'éclairer sur ce que je dois faire! De vous j'accepterai tous les conseils.

Elle sourit:

—Vous accepterez tous mes conseils! Mais les suivrez-vous? Voilà ce que vous négligez d'affirmer. Un autre viendra après moi, et détruira l'effet de ma morale; un de vos mauvais amis, qui trouvera un malin plaisir à vous entraîner, comme vous avouez vous-même que cela est arrivé si souvent. Et vous rirez avec lui de la pauvre fille qui aura pris des airs de réformatrice parce que vous l'en priiez et dont le prestige aura duré tout juste le temps que le son de ses paroles aura mis à s'éteindre. Non, mon cher monsieur, ne comptez pas que je joue ce rôle auprès de vous. Je n'y suis préparée par rien. Et laissez-moi croire que si vous voulez redevenir un garçon raisonnable, vous saurez bien en trouver le moyen sans que je m'en mêle.

Christian n'était pas l'homme des longs efforts. Il se sentit à bout d'arguments. Sa sensibilité déjà s'était manifestée d'une façon anormale. Il dit d'un ton boudeur:

—Ah! vous êtes comme tous les autres! Vous m'engagez à me réformer, mais, quant à m'y aider, bernique!

—Voyons, franchement, vous êtes d'une exigence! J'ai contribué à vous raccommoder la jambe. Est-ce une raison pour que je vous raccommode le caractère?

—Et vous vous moquez de moi par-dessus le marché! gémit Christian. Je ne vous connaissais pas sous ce jour. Jusqu'alors vous ne vous étiez montrée à moi que comme une bonne et gentille personne.