—Le premier avantage pour une femme est d'avoir un bon mari!
—Supposes-tu donc que Christian Vernier serait un mauvais sujet?
—J'en suis à peu près sûre!
—Oh! gémit M. Harnoy avec un air navré. Qui t'a renseignée d'une façon si fâcheuse?
—M. Christian lui-même.
—Qu'est-ce que tu me racontes là?
—La vérité simple. Hier soir, pris d'un accès de franchise sentimentale, ce jeune homme a trouvé utile de me faire un exposé très net de sa vie passée et de ce qu'elle avait eu d'irrégulier et de blâmable. Je me suis demandé alors à quoi rimaient ces confidences bizarres. Je le comprends à présent. Avec une franchise que j'apprécie, M. Christian voulait me donner le moyen de le juger. De tout ce que je connais de lui, c'est l'action qui peut le faire apprécier le plus favorablement. Mais le reste, cher papa, le reste, hélas! comparé à la richesse matérielle que tu prônes si fort, quelle lamentable misère morale!
—Mais qu'a-t-il donc fait? soupira M. Harnoy effrayé.
—Oh! pas grand chose de très mal. Mais rien de très bien. C'est l'inutilité néfaste de la jeunesse oisive, avec tout ce qui s'ensuit. Il n'a pas eu l'inconvenance de me le raconter, mais je l'ai clairement compris. M. Christian Vernier est un viveur, très blasé, très ennuyé, très disposé à faire des sottises par désœuvrement; avec cela, entouré de gens qui le flattent et l'exploitent, en le poussant aux pires actions.
—Malheureuse enfant! s'écria M. Harnoy. Quelle clairvoyance inattendue possèdes-tu donc, pour avoir deviné toutes ces choses qui m'ont échappé à moi, et qui n'ont pas frappé ta mère? Car, hier soir, elle ne tarissait pas d'éloges sur la famille Vernier, et sur Christian lui-même! Mais enfin, pendant trois semaines, nous l'avons eu sous notre toit, ce garçon. Nous avons pu le connaître. Il est charmant, doux, facile. Et brusquement, si je t'en croyais, il se changerait en un être malfaisant et redoutable! Ma fille, tu as un défaut immense: tu es exagérée. Tu grossis les choses avec des préoccupations imaginaires. Je crois que ta mère et moi nous ne sommes pas des imbéciles. Eh bien! nous n'avons aucune des craintes que tu ressens. Et, si tu épousais le fils Vernier nous pourrions envisager l'avenir sans aucun souci. Et ce serait un bien grand soulagement pour nous!