En ce moment-là, on aurait pu demander à Harnoy ce qu'on aurait voulu, il était homme à tout promettre. Emporté par son rêve d'opulence, il ne connaissait plus d'obstacles. Le docteur prit son chapeau, sa canne, serra en souriant la main de son neveu, et sortit avec Harnoy.

—Voyez-vous, commença-t-il en marchant, mon neveu arrive d'Indo-Chine, où il est allé avec le docteur Yersin faire des expériences de vaccination sur les indigènes atteints de la peste.... Il y avait dix-huit mois que je ne l'avais vu.... C'est un beau garçon, n'est-ce pas?

—Oui, certes, répondit évasivement Harnoy, qui se souciait fort peu de savoir ce qu'était le neveu du docteur, mais avait grande hâte de recevoir des renseignements sur Christian. Et que me direz-vous du fils Vernier?

—Ah! le fils Vernier, c'est un charmant jeune homme.... Charmant jeune homme.... Charmant jeune homme....

—Bon! ça, nous le voyons de reste, nous n'avons pas les yeux bouchés.... Mais sa santé... hein? Bonne, sa santé?

Il parut guetter la réponse sur les lèvres du médecin. Il tremblait qu'elle ne fût pas satisfaisante. Comme le docteur semblait réfléchir:

—Eh bien! vous pouvez parler, vous êtes délié du secret professionnel.... La santé de Christian est excellente, n'est-ce pas?

De bonne, Harnoy était déjà arrivé à excellente. Il secoua le bras du médecin, dans son impatience:

—Ce n'est pas une consultation que je vous demande, c'est un oui, ou un non. Dites oui ou non, je vous tiens quitte du reste.

—Évidemment sa santé n'est pas mauvaise, se décida à déclarer le docteur. Il faut même qu'il ait un coffre solide, pour avoir résisté, comme il l'a fait, à toutes les sottises, que je lui ai vu commettre....