—Alors qu'est-ce que vous dites?

—Je dis, monsieur, que Christian a fait une vie du diable, qu'il a usé et abusé de tout, et qu'à vingt-six ans, il est plus blasé qu'un homme de cinquante....

Harnoy regarda sévèrement Augagne:

—Je vous croyais l'ami de son père!

—Me demandez-vous un témoignage de complaisance, ou bien la vérité?

—La vérité, certes, la vérité! se récria Harnoy, impressionné, malgré son parti pris, par l'attitude du docteur.

—Veuillez me poser une question précise: j'y répondrai.

Harnoy eut le sentiment qu'en cette seconde allait se décider l'avenir de sa fille. La fortune d'un côté, le bonheur de l'autre. Et il s'agissait de choisir. Le docteur paraissait décidé à ne conserver aucun ménagement. Tout allait dépendre de la façon dont Harnoy formulerait sa demande. Certes il aimait bien Geneviève, mais le mariage qu'il entrevoyait pour elle était si beau! Malgré lui, il restreignit à une simple condition de santé actuelle les exigences qu'il était en droit de manifester. Il dit:

—Pouvez-vous m'affirmer qu'à ce jour l'état de santé de M. Christian Vernier est satisfaisant.

Augagne répliqua d'un ton bourru: