—Venez avec moi, un instant, chère enfant.

Il la conduisit hors du cercle, près d'une des vastes baies qui donnaient sur la terrasse et, là, lui montrant le vieux médecin, qui semblait les attendre:

—Voici notre ami, le docteur Augagne, qui voudrait causer quelques instants avec vous. Il s'agit d'un projet qui nous est cher et dont la réalisation ne dépend que de vous. Écoutez ce qui va vous être confié, mesurez-en la portée, et, ensuite, consultez votre raison et votre cœur.

—Quel début impressionnant! fit Geneviève un peu pâle, en s'efforçant de sourire. Suis-je donc l'arbitre des destinées?

—Vous ne croyez pas si bien dire, répondit Vernier avec un grand sérieux.

Il s'inclina en laissant la jeune fille seule avec le médecin, et alla rejoindre Harnoy, qui s'agitait dans l'attente des événements. Le soleil se couchait sur la mer, incendiant de ses derniers rayons la surface des flots calmés. Un air délicieux, chargé de l'odeur des roses, montait du jardin. Il faisait bon vivre, et la jeune fille aspira avec allégresse cette brise si douce et si parfumée. Elle marcha lentement d'abord, aux côtés du vieil homme, très ému, qui la regardait à la dérobée, puis, avec la netteté qui marquait toutes ses actions, se tournant vers lui:

—Eh bien! docteur, je suis prête à vous écouter. Il s'agit sans doute de M. Christian Vernier? Mon père est allé vous trouver à son sujet, ce matin. Ne lui avez-vous donc pas tout dit, à lui, et me réservez-vous un supplément d'information?

—Oui, ma chère enfant, c'est bien cela. Et vous me voyez fort troublé. J'ai pourtant l'habitude de parler en public, mais je ne crois pas avoir jamais abordé thèse si délicate.

—Voulez-vous que je vous aide? M. Christian est-il malade?

—Nullement. Il a même une très bonne santé. Physiquement, son état est, pour l'instant, tout à fait normal. Mais, moralement, il n'en est pas de même, hélas! et c'est de là que vient tout le mal.