Hugues la regarda. Il avait pâli. Est-ce qu'elle aurait deviné?
Est-ce qu'elle saurait?
—«Que voulez-vous dire?» interrogea-t-il.
—Je pense, répondit la vieille Barbe, que dans mon village, en Flandre, quand on n'a pas vendu tout de suite, la semaine de son enterrement, les hardes d'un mort, on doit les conserver, sa propre vie durant, sous peine de maintenir ce mort en purgatoire jusqu'à ce qu'on trépasse soi-même.
—Soyez tranquille, fit Hugues rassuré. Je n'ai l'intention de rien vendre. Elle a raison votre légende.»
Barbe demeura donc stupéfaite quand elle le vit peu après, malgré ce qu'il venait de dire, faire charger la malle sur un fiacre et partir.
Hugues ne sut comment communiquer à Jane sa folle idée; car jamais il ne lui avait parlé de son passé—par une sorte de délicatesse, de pudeur vis-à-vis de la morte—ni même fait une allusion à la douce et cruelle ressemblance qu'il poursuivait en elle.
La malle déposée, Jane poussa de petits cris, elle sautilla:— Quelle surprise! Il l'avait comblée sans doute. Quoi? des cadeaux? une robe?…
—Oui, des robes, fit Hugues machinalement.
—Ah! tu es gentil! Il y en a donc plus d'une?
—Deux.