—De quelle couleur? Vite! laisse voir! Et elle s'approchait, la main tendue, demandant la clé.
Hugues ne savait quoi dire. Il n'osait pas parler, ne voulant pas se trahir, expliquer le maladif désir auquel il avait cédé comme un impulsif.
La malle ouverte, Jane exhuma les robes et les enveloppa d'un rapide coup d'oeil, l'air aussitôt désappointée:
—Quelle laide façon! Et ce dessin dans la soie, comme c'est vieux, vieux! Mais où as-tu acheté de pareilles robes? Et dans la jupe, ces draperies! Il y a dix ans qu'on portait cela. Je crois que tu te moques de moi!…
Hugues demeurait perplexe et très penaud; il cherchait des mots, une explication, pas la vraie, mais une autre, vraisemblable. Il commençait à voir le ridicule de son idée, et pourtant elle le tenaillait toujours.
Oh! qu'elle y consente! qu'elle revête une de ces robes, fût-ce une minute! et cette minute, quand il la verra habillée comme l'ancienne, contiendra vraiment pour lui tout le paroxysme de la ressemblance et l'infini de l'oubli.
Il lui expliqua, à voix câline: «Oui! c'étaient de vieilles robes… dont il avait hérité… les robes d'une parente… il avait voulu plaisanter… il avait l'envie de la voir avec une de ces vieilles robes. C'était fou; mais il en avait l'envie… une seule minute!…»
Jane n'y comprenait rien; riait, tournait et retournait chaque toilette en tous sens, appréciait l'étoffe, d'une soie riche à peine fanée, mais demeurait stupéfaite devant cette façon bizarre et un peu ridicule qui pourtant avait été la mode et l'élégance…
Hugues insistait.
—Mais tu me trouveras laide!