—Qu'est-ce que vous voulez dire! qu'est-ce que mon maître a fait de mal?
Soeur Rosalie lui raconta alors l'histoire qui avait couru la ville et s'était divulguée jusque dans cette placide enceinte du Béguinage: l'inconduite de celui dont tout le monde admirait autrefois la douleur de veuf si poignante et si inconsolable. Eh bien! il s'était consolé d'une abominable façon! Il allait maintenant chez une mauvaise femme, une ancienne danseuse du théâtre…
Barbe tremblait; à chaque mot, étouffait une révolte intérieure; car elle vénérait sa parente, et ces révélations si offensantes, si incroyables pour elle, prenaient une autorité dans sa bouche. C'était donc là la cause de tout ce changement d'existence auquel elle ne comprenait rien, les sorties fréquentes, les allées et venues, les repas pris dehors, les rentrées tardives, les absences nocturnes…?
La béguine continuait:
—Avez-vous réfléchi, Barbe, qu'une servante honnête et chrétienne ne peut pas rester davantage au service d'un homme qui est devenu un libertin?
À ce mot, Barbe éclata: ce n'était pas possible! des calomnies, tout cela, dont soeur Rosalie était dupe. Un si bon maître, qui adorait sa femme! et, chaque matin encore, sous ses propres yeux, allait pleurer devant les portraits de la défunte; gardait ses cheveux mieux qu'une relique.
—C'est comme je vous le dis, répondit avec calme soeur Rosalie.
Je sais tout. Je connais même la maison où habite cette femme.
Elle est située sur mon chemin pour aller en ville et j'y ai vu
entrer ou sortir plus d'une fois M. Viane.
Ceci était formel. Barbe parut matée. Elle ne répliqua rien, s'absorba dans une songerie, avec un gros pli et des fronces dans le milieu du front.
Puis elle dit ces simples mots: «Je réfléchirai», tandis que sa parente, rappelée à l'office par les occupations de sa charge, prenait pour un moment congé d'elle.
La vieille servante demeura stupide, sans force, ses idées brouillées, devant cette nouvelle qui contrariait tous ses espoirs et dérangeait tout le chemin de son avenir.