Quand on se fut mis à table, dans le long réfectoire, après la prière à voix haute, Barbe mangea à peine et sans plaisir vraiment, tandis qu'elle voyait les saines et roses béguines et quelques autres invitées, des parentes comme elle, faire honneur à ce repas de fête et de dimanche. On servait du vin ce jour-là, du vin de Tours, onctueux et d'or, du vin de burettes. Barbe vida le verre qu'on lui avait, versé, croyant noyer ses préoccupations. Une migraine lui vint.

Le repas lui avait paru interminable. Quand il s'acheva, elle courut droit à la soeur Rosalie, l'interrogeant du regard. Celle-ci remarqua son trouble et vite tâcha de la calmer.

—Ce n'est rien, Barbe! Voyons, mon amie, ne vous alarmez pas ainsi.

—Qu'y a-t-il?

—Rien! rien de très grave. Un petit conseil que je devais vous donner.

—Ah! vous m'avez fait peur…

—Quand je dis rien de grave, il s'agit du présent. Mais la chose pourrait devenir grave. Voici: il sera peut-être nécessaire que vous changiez de service.

—Changer de service! Et pourquoi donc? Voilà cinq ans que je suis chez M. Viane. Je lui suis attachée parce que je l'ai vu bien malheureux; et il tient à moi. C'est le plus honnête homme du monde.

—Ah! ma pauvre fille, comme vous êtes naïve! Eh bien, non! ce n'est pas le plus honnête homme du monde.

Barbe était devenue toute pâle et demanda: