Toutes ensemble, dans un frissonnement de leurs cornettes, les béguines sortirent—essaim qui prit son vol, sema un moment le jardin vert de blanches envergures, d'un départ de mouettes. Barbe avait suivi, mais à distance, par une sorte de discrétion respectueuse, soeur Rosalie, sa parente; puis, quand elle la vit rentrer dans son couvent, elle hâta le pas, et, un moment après, y pénétrait à son tour.
Les béguines sont ainsi à plusieurs dans chacune des demeures qui composent la communauté. Ici, trois ou quatre; là, jusqu'à quinze ou vingt. Le couvent de soeur Rosalie était nombreux; et toutes les Soeurs, au moment où Barbe y entra, à peine revenues de l'église, causaient, riaient, s'interpellaient dans la vaste salle de l'ouvroir. À cause du jour férié, les corbeilles de couture, les carreaux de dentelle étaient rangés dans les coins. Les unes, dans le jardinet qui précède le logis, examinaient les plantes, la croissance des parterres bordés de buis. D'autres, jeunes parfois, montraient des cadeaux reçus, des oeufs de Pâques avec du sucre en givre. Barbe, un peu intimidée, suivait partout sa parente dans les chambres, les parloirs, où d'autres visites affluaient, ayant peur de rester seule, de paraître intruse, attendant avec une petite anxiété qu'on la priât à dîner, comme c'était la coutume. Mais encore! S'il y avait aujourd'hui trop de parents arrivés et qu'il n'y eût pas de place?
Barbe fut rassurée quand soeur Rosalie vint l'inviter de la part de la Supérieure, en s'excusant de la laisser seule, très affairée, car les béguines ont chacune leur tour de diriger le ménage une semaine, et c'était le sien.
—Nous causerons après le dîner, ajouta-t-elle. D'autant plus que j'ai quelque chose de grave à vous dire.
—De grave? interrogea Barbe effrayée. Alors, dites-le moi tout de suite.
—Je n'ai pas le temps… tout à l'heure…
Et elle s'esquiva par les corridors, laissant la vieille servante consternée. Quelque chose de grave? Qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir? Un malheur? Mais elle n'avait plus rien de cher au monde, personne d'autre que cette unique parente.
Alors, il s'agissait d'elle. Qu'est-ce qu'on pouvait bien lui reprocher? de quoi l'accusait-on? Elle n'avait jamais trompé d'un liard. Quand elle allait à confesse, elle ne savait vraiment quoi dire et quel péché s'imputer.
Barbe demeura tout anxieuse. Soeur Rosalie avait eu un air si sombre, presque que sévère en lui parlant! C'était fini, la bonne joie de cette journée. Elle n'avait plus le coeur à rire, à se mêler aux groupes qui, là-bas, s'égayaient, jacassaient, examinaient des dentelles commencées, d'un dessin nouveau où aboutissent les fils inextricables des bobines.
Seule, à l'écart, sur une chaise, elle songeait maintenant à la chose inconnue que soeur Rosalie allait lui dire.