Il aurait voulu savoir, élucider, voir… Ah! quelle angoisse! et quelle âme avait-elle donc, cette femme, pour lui faire mal ainsi, tandis que l'autre—la si bonne, la morte—semblait à ces minutes suprêmes de sa détresse se lever dans la nuit, le regarder avec les yeux apitoyés de la lune.
Hugues n'était plus dupe; il avait surpris des mensonges chez Jane, rejointoyé des indices; il fut bientôt éclairé tout à fait quand plurent chez lui, selon une habitude en ces villes de province, les lettres, les cartes anonymes pleines d'injures, d'ironies, de détails sur les tromperies, les désordres qu'il avait déjà soupçonnés… On lui donnait des noms, des preuves. Voilà l'aboutissement de cette liaison avec une femme de rencontre où une cause, si avouable au début, l'avait entraîné. Quant à elle, il romprait; voilà tout! Mais comment remédier à la déchéance vis-à-vis de lui-même, à son deuil tombé dans le ridicule, à cette chose sacrée, qu'étaient son culte et son sincère désespoir, devenue la risée publique?
Hugues s'affligea. Jane aussi était finie pour lui; c'est comme si la morte mourait une seconde fois. Ah! tout ce qu'il avait déjà enduré de cette femme fantasque, trompeuse!
Il alla chez elle un dernier soir pour se délivrer, dans l'adieu, du poids de douleur accumulé en son âme à cause d'elle.
Sans colère, avec un infini navrement, il lui raconta qu'il avait tout appris; et comme elle le prenait de haut, mauvaise, avec un air de bravade: «Quoi? Qu'est-ce que tu dis?», il lui montra les délations, les honteux papiers…
—«Tu es sot assez pour croire à des lettres anonymes?» Et elle se mit à rire d'un rire cruel, découvrant ses dents blanches, des dents faites pour des proies.
Hugues observa: «Vos propres manèges m'avaient déjà édifié.»
Jane, devenue tout à coup furieuse, allait, venait, faisait claquer les portes battant l'air de sa jupe.
—Eh bien! si c'était vrai? s'exclama-t-elle.
Puis, après un instant: