—Dis! tu veux? Je viendrai chez toi… nous dînerons ensemble…
Hugues objecta les voisins, les servantes qui jasent.
—J'arriverai de bonne heure, quand tout le monde dort.
Il s'inquiéta aussi en songeant à Barbe, toute prude et dévote, qui la prendrait pour une envoyée du diable.
Mais Jane insista:—Dis! c'est convenu?
Et sa voix était cajoleuse; c'était la voix des commencements, cette voix de tentation que toutes les femmes possèdent à certaines minutes, voix de cristal qui chante, s'élargit en halos, en remous où l'homme cède, tournoie et s'abandonne.
XIV
Ce lundi-là, Barbe s'était levée de grand matin, plus tôt encore que d'habitude, car elle ne disposerait que d'une partie de la matinée pour parer la demeure avant le passage de la procession.
Elle se rendit à la première messe, à cinq heures et demie, communia avec ferveur, puis, dès son retour, commença les préparatifs. Les chandeliers d'argent furent extraits des armoires, de petits vases en vermeil, des réchauds où fumerait de l'encens. Barbe frotta, fourbit chaque objet jusqu'à en rendre le métal poli comme des miroirs. Elle tira aussi des nappes fines pour en juponner de petites tables qu'elle plaça devant chaque fenêtre, sortes de reposoirs, gentils autels de mois de Marie, avec des bougies autour d'un crucifix, d'une statuette de la Vierge…
Il fallait aussi songer à l'ornementation extérieure, car chacun, ce jour-là, rivalise de zèle pieux. Or on avait déjà fixé sur la façade, selon la coutume, les sapins aux branches de bronze vert que les paysans offrent de porte en porte et qui forment, au long des rues, un double rang d'arbres faisant la haie.