Hugues d'abord ne comprenait rien; peu à peu il démêla la trame obscure, les racontars probables, l'aventure ébruitée. Donc, Barbe aussi savait? Et elle menaçait de s'en aller parce que Jane allait venir? Elle était donc bien méprisée, cette femme, pour que l'humble servante, liée à lui depuis des années par l'habitude, son intérêt, les mille fils que chaque jour dévide et tisse entre deux existences côte à côte, préférât tout rompre et le quitter que de la servir un jour?

Hugues demeura sans force, ahuri, le ressort cassé devant ce brusque ennui qui ruinait d'une façon si imprévue le projet riant de cette journée et, d'un air résigné, il dit simplement:

—Eh bien! Barbe, vous pouvez partir tout de suite.

La vieille servante le considéra et soudain, bonne âme populaire, tout apitoyée, comprenant qu'il souffrait—avec, dans la voix, ce chantonnement que la Nature y a mis pour bercer, pour endormir— elle murmura, en branlant la tète:

—Oh! Jésus! mon pauvre monsieur!… Et pour une pareille femme, une mauvaise femme… qui vous trompe…

Ainsi durant une minute, oubliant les distances, elle avait été maternelle, anoblie par la pitié divine, en un cri jailli comme une source qui lotionne et peut guérir…

Mais Hugues la fit taire, énervé, humilié de cette ingérence, de cette audace à lui parler de Jane, et en quels termes! C'est lui qui lui donnait son congé, et sans sursis. Elle viendrait le lendemain prendre ses effets. Mais aujourd'hui, qu'elle parte, qu'elle parte tout de suite!

L'irritation de son maître enleva à Barbe les derniers scrupules qu'elle aurait pu avoir de le quitter brusquement. Elle revêtit sa belle mante noire à capuchon, contente d'elle-même et de s'être sacrifiée au devoir, à Jésus qui était en elle…

Puis calme, sans émotion, elle sortit de cette demeure où elle avait vécu cinq ans; mais avant de s'acheminer, elle sema, devant, le contenu des corbeilles qu'elle avait vidées dans son tablier pour ne pas que la rue, à cette place seule, fût sans corolles sous les pas de la procession.

XV