Comme la journée avait mal commencé! On dirait que les projets de joie sont un défi. Trop longuement préparés, ils laissent le temps à la destinée de changer les oeufs dans le nid, et ce sont des chagrins qu'il nous faudra couver.

Hugues, en entendant la porte de la maison battre à la sortie de Barbe, éprouva une impression pénible. Encore un ennui, une solitude plus grande, puisque la vieille servante avait peu à peu fait partie de sa vie. Tout cela à cause de Jane, cette femme inconsistante, cruelle. Ah! ce qu'il avait déjà souffert par elle!

Il aurait bien voulu maintenant qu'elle ne vînt pas. Il se trouva triste, inquiet, énervé. Il songea à la morte… Comment avait-il, pu croire au mensonge de cette ressemblance, vite ébréché? Et qu'est-ce qu'elle devait penser, dans l'au-delà de la tombe, de l'arrivée d'une autre au foyer encore plein d'elle, s'asseyant dans les fauteuils où elle s'était assise, superposant, au fil des miroirs en qui le visage des morts subsiste, sa face à la sienne?

On sonna. Hugues fut forcé d'aller ouvrir lui-même. C'était Jane, en retard, rouge d'avoir marché vite. Elle pénétra; brusque, impérieuse, engloba d'un coup d'oeil le grand corridor, les salons aux portes ouvertes. Déjà on entendait des échos de musiques lointaines, se rapprochant. La procession ne tarderait pas.

Hugues avait allumé lui-même les cires sur l'appui des fenêtres, sur les petites tables disposées par Barbe.

Il monta avec Jane au premier étage, dans sa chambre. Les croisées étaient closes. Jane s'avança, en ouvrit une.

—Ah! non! fit Hugues.

—Pourquoi?

Il lui observa qu'elle ne pouvait pas ainsi se montrer, s'afficher chez lui. Et pour le passage d'une procession surtout. La province est prude. On crierait au scandale.

Jane avait ôté son chapeau, devant la glace; poncé d'un peu de poudre son visage avec la houppe d'une petite boîte d'ivoire qui ne la quittait pas.