II.
Les lignes de la main, géographie innée!
Ce sont d'obscurs chemins venus de l'infini;
Ce sont les fils brouillés d'un rouet endormi;
Ah! l'arabesque étrange où gît la Destinée!
Quelle magicienne en lira le grimoire
Si confus — on dirait d'il y a si longtemps!
Parmi le sable nu, ruisseaux intermittents;
Noms balafrant en vain un miroir sans mémoire.
Signes définitifs, encor qu'irrésolus!
Pâle embrouillamini, fantasques écritures
Dont le sens se dérobe et fuit sous des ratures,
Et que nul familier du mystère n'a lus.
Secret perdu du langage des lignes belles
Grâce à qui des bergers avaient trouvé le sens
Des astres de Chaldée en un ciel bleu d'encens,
Ayant vu dans leurs mains des lignes parallèles.
III.
Je me souviens de telles mains, mains gardiennes!
Du rose d'une neige au soleil, lumineuses
Comme un albâtre pâle où dorment des veilleuses,
Ces chères mains qui m'ont été quotidiennes.
Mains si claires! Elles s'entouraient d'un halo
Dans l'air qui, de les voir jeunes, semblait vieilli;
Si calmes, elles étaient comme un fruit cueilli;
Fraîches, elles semblaient avoir joué dans l'eau.
Ces fières mains, ces mains douces, ces mains bénignes
Qui se posaient sur mes cheveux, pleines de zèles;
Qui me couvaient avec l'appuiement chaud des ailes
Et miraient dans mes yeux l'écheveau de leurs lignes.
Mains de ma destinée où tout se présagea!
Et le premier émoi de mes mains dans ces mains!
Attouchements définitifs qu'on croit bénins,
Endroit minime où l'on se possède déjà.