Et voici commencer le rêve et les féeries…
Ô mon coeur, fais accueil à la douleur du soir!
Le songe intérieur montre ses pierreries
Que le soir avantage avec son velours noir.
C'est le moment du doute et des douleurs divines;
Certes le soir est déchirant comme un adieu;
L'ombre se tresse au front en couronne d'épines;
Mais c'est aussi l'instant où l'on se sent un dieu!
LES LIGNES DE LA MAIN
I.
La main s'enorgueillit de sa nudité calme
Et d'être rose et lisse, et de jouer dans l'air
Comme un oiseau narguant l'écume de la mer,
Et de frémir avec des souplesses de palme.
La main exulte; elle est fière comme une rose
— Sans songer que l'envers est un réseau de plis! —
Et fait luire au soleil ses longs ongles polis
Enchâssant dans la chair un peu de corail rose.
La main règne, d'un air impérieux, car tout
Ne s'accomplit que par elle, tout dépend d'elle;
Pour le nid du bonheur, elle est une hirondelle;
Et, pour le vin de joie, elle est le raisin d'août.
La main rit d'être blanche et rose, et qu'elle éclaire
Comme un phare, et qu'elle ait une odeur de sachet;
C'est comme si toujours elle s'endimanchait
À voir les bagues d'or dont se vêt l'annulaire.
Or pendant que la main s'enorgueillit ainsi
D'être belle, et de se convaincre qu'elle embaume,
Les plis mystérieux s'aggravent dans la paume
Et vont commencer d'être un écheveau transi.
Vain orgueil, jeu coquet de la main pavanée
Qui rit de ses bijoux, des ongles fins, des fards;
Cependant qu'en dessous, avec des fils épars,
La Mort tisse déjà sa toile d'araignée.