XIV.

Dans les vitres on ne sait quoi se décompose…
C'est le Jour mort, paré des vitrages en fleur,
Qui s'abandonne, beau de la Grande Pâleur.
Le couchant vient semer çà et là d'une rose
L'alcôve mortuaire où le Jour mort s'allonge.
Lentement, des lointains du ciel, un astre émerge
Et s'allume, à travers le verre, comme un cierge
Qui vient veiller, la mort du Jour, d'un feu qui songe;
L'obscurité se hisse en tentures de deuil
Autour du lit de tulle où gît le Jour livide;
Puis tout finit dans la fenêtre qui se vide
Comme si le Jour mort était mis au cercueil.

XV.

Lorsque le soir descend, l'âme se pacifie,
Comme arrivée enfin dans une calme plaine;
L'âme, durant le jour, allait broutant la vie;
Herbe amère, buissons où se prenait sa laine;
Mille soins: cette laine incessamment salie
Qui l'entourait comme un écheveau de fumées;
Et toujours s'abreuver aux eaux accoutumées;
Et toujours obéir au berger qui rallie.
Mais voici, dans le soir, que l'âme enfin s'isole,
Qu'elle se sent, hors du troupeau, sur un pré vide
Où sa seule ombre, au ras de l'herbe, s'étiole;
Âme comme arrêtée au bord d'une eau placide,
Qui s'atteste à soi-même, avec soi se confronte,
Et, sous le ciel plein de lumière atrophiée,
S'aperçoit nue enfin, toute simplifiée,
Âme qui doit subir le soir comme une tonte!

XVI.

Le jour s'éteint dans les vitraux d'or endurci
Et de bleu clair auquel l'air du ciel collabore.
L'église est grise; elle devient tout incolore;
Et déjà les vitraux ont un aspect transi,
Eux qui tantôt encor blasonnaient le silence.
Nul bruit. Devant l'autel, la lampe se balance
Du mouvement lassé d'une tête d'enfant
Qui, très blonde, voulant dormir, se dodeline.
L'église, contre l'ombre, à peine se défend;
Un reste d'encens plane en pâle mousseline
Qui fil à fil se désagrège dans les nefs;
Quelques cierges ont par instants des éclats brefs
De flamme horizontale et dont l'ombre s'évente.
Dans les vitraux foncés, s'est amarré le soir;
Translucide tantôt, leur verre est presque noir,
Bassins d'une eau froidie et qui se désargente!
Volupté de cette ombre et de subodorer
La maladive odeur des églises: bougies,
Encens fané, nappes du culte défraîchies,
Et les cires qui sont mortes de se pleurer!

XVII.

Mon coeur s'est reposé dans les conseils du soir!
C'est le moment le plus divin de la journée,
Doux comme le dernier cierge du reposoir,
Nostalgique comme une étoffe un peu fanée.

Certes, il fait souffrir. Quel refroidissement,
Et quel gel d'agonie infusé dans nos lombes!
Et quel ensanglanté concile de colombes
S'abat comme un hiver sur notre obscur tourment!

N'importe! il est meilleur que le soir s'accomplisse!
C'est seulement la chair qu'il fait pleine d'émoi;
Car dans l'obscurité, dont le coeur est complice,
On sent éclore et vivre un clair de lune en soi.