III.
Doux réconfort qu'une présence de veilleuse
Si calme, dans la chambre, et l'air dévotieuse;
OEil vigilant que le malade sent sur soi;
Lumière humble; discret dévouement qui se voile
De porcelaine ou de cristal, et s'y tient coi;
Clarté qui s'atténue: on dirait une étoile
Dans de l'eau; dans du tulle inviolable, un lis;
On dirait une hostie en feu dans un ciboire.
Elle a l'air si lointaine et comme de jadis!
C'est à peine si l'ombre autour d'elle se moire
Et se dilate en une argentine pâleur,
Vague contagion de son halo placide,
Accroissement de ses linges de Sacré-Coeur…
Or c'est assez pour que l'ombre enfin s'élucide,
L'ombre dont le malade a peur comme un enfant;
Car dans la chambre où naît cette clarté recluse
Il semble qu'un peu de clair de lune s'infuse.
L'ombre d'abord dans les angles noirs se défend;
Mais bientôt elle cède en de minimes luttes;
La veilleuse empiète, élargit ses volutes;
Et la chambre gagnée est plus claire au milieu.
Lors le conflit s'achève en fantasmagories:
Reflet des meubles; vols d'ombres trop agrandies
Charbonnant le plafond d'un vague camaïeu…
Or le malade aussi que la clarté ranime
Sent ce reflet en lui des choses d'alentour
Et le jeu noir de toute cette pantomime
Imageant son cerveau dans l'attente du jour.
La veilleuse à son tour le distrait, le renseigne;
Lueur faible: c'est son espoir de guérison,
Ce qui reste de sa santé dans la maison;
Mais quelle peur que tout à coup elle s'éteigne!…
IV.
La maladie est si doucement isolante:
Lent repos d'un bateau qui songe au fil d'une eau,
Sans nulle brise, et nul courant qui violente,
Attaché sur le bord par la chaîne et l'anneau.
Avant ce calme octobre, il ne s'appartenait guère:[4]
Toujours du bruit, des violons, des passagers,
Et ses rames brouillant les canaux imagés.
Maintenant il est seul; et doucement s'éclaire
D'un mirage de ciel qui n'est plus partiel;
Il se ceint de reflets puisqu'il est immobile;
Il est libre vraiment puisqu'il est inutile;
Et, délivré du monde, il s'encadre de ciel.
*
Car cet isolement anoblit, lénifie;
On se semble de l'autre côté de la vie;
Les amis sont au loin, vont se raréfier;
À quoi donc s'attacher; à qui se confier?
On ne va plus aimer les autres, mais on s'aime;
On n'est plus possédé par de vains étrangers,
On se possède, on se réalise soi-même;
Les noeuds sont déliés! Les rapports sont changés!
Toute la vie et son mensonge et son ivraie
Se sont fanés dans le miroir intérieur
Où l'on retrouve enfin son visage meilleur,
Celui de pure essence et d'identité vraie.
*
Les maladies des pierres sont des végétations.