D'autres sont simplement des vieilles déclinant,
Celles d'un temps fini, celles qui sont âgées,
Et dont les eaux, parmi leur silence stagnant,
Gardent tant de reflets qui les ont imagées.

Il en est que naguère abandonna la mer
Comme un grand amour qui tout à coup se retire;
Et, depuis ce moment, ces villes ont un air
De se survivre, en appelant quelque navire.

Dans telles, c'est comme une odeur de vermoulu;
Dans telles, c'est toujours comme s'il avait plu.

Il en est de plus infirmes que des aïeules,
Dont les murs ont des blancs de linges démodés
Et des noirs de robes de veuves vivant seules.

Celles aux murs perclus, aux pignons lézardés
Ont sur elles comme des rides de vieillesse.

Celles, jeunes encor, dont la croissance cesse,
Celles aux terrains nus où l'on ne bâtit pas,
Souffrent du mal secret de devenir pubères;
C'est leur sang qui palpite au pouls des réverbères;
Et dans la tour qui ment à l'espoir du compas,
Dans l'église qui reste inachevée et vaine,
C'est leur propre existence aussi qui s'interrompt.

Telle ville dolente est toujours en neuvaine,
Lieu de pèlerinage où l'on signe son front.
L'une décline et meurt d'une lente anémie;
L'autre est pâle à jamais de quelque épidémie.

Une autre est comme une paralytique, sans
La souplesse et la joie en elle des passants.

Telles, leur maladie est d'être en proie aux pioches,
Les amputant de leurs vieux pignons, mutilant
Leurs briques dont le rouge est tout sanguinolent;
Telles, leur maladie est d'être en proie aux cloches,
Et, dans leur calme et leur silence monacal,
Le cadran du clocher a l'air d'une tonsure.

Il en est qu'affaiblit un jet d'eau vertical
Et qui souffrent de lui comme d'une blessure…