IV.
Nous ne savons de notre âme que la surface!
C'est ce que sait, de l'eau, le nénuphar au fil
De cette eau; ce que sait, d'un miroir, le profil
Qui s'y mire; ah! plonger dans l'étang, dans la glace!
Nous ne savons de notre âme que ce que sait
De la mer un enfant qui joue avec la vague;
Il suit au loin, dans la brume qui les élague,
Les vaisseaux que tantôt leur ombre devançait.
Ah! plonger dans la mer! savoir tout de l'abîme:
Les monstres, les coraux, tant de trésors sombrés,
Et les zones du fond vertes comme des prés,
— Ce qu'on voyait à la surface est si minime!
Et plonger dans notre âme — elle est un gouffre aussi —
Pour voir les rêves nus, le combat des pensées,
Et les projets qui sont des perles nuancées,
Tout le Moi sous-marin dans le cerveau transi.
Pour le plongeur de l'âme y a-t-il une cloche?
Ah! oui! descendre au fond de son propre destin,
Savoir ce qui se passe en cette mer sans fin,
Et démêler tout ce varech qui s'effiloche.
Mais cette vie en profondeur, nous l'ignorons;
Ne connaissant de notre âme que la surface,
Ce que sait de la mer vaste l'enfant qui passe
Et ne voit qu'à fleur d'eau bouger les vaisseaux prompts.
V.
Je rêve de plonger jusqu'au fond de mon âme
Où des rêves sombrés ont perdu leur trésor;
Je soupçonne qu'il y a là des bagues d'or
Et des lingots à faire fondre dans la flamme
Pour y couler mon effigie ainsi qu'un roi.
Mais à quoi bon descendre en l'âme sous-marine?
Surtout ne soyons pas le plongeur qui s'obstine;
Laissons plutôt cette richesse sans emploi,
Car les profondes eaux de l'âme sont perfides!
Peut-être bien qu'au fond du cristal reculé
Je trouverais la coupe du roi de Thulé…
Mais quel émoi si je revenais les mains vides!