III.

Nous avons nos Limbes obscures
Où dorment des projets mort-nés,
Comme des enfants sans figures.

Rêves en germe, espoirs aînés,
Rosiers trop faibles, lis trop pâles,
Avant l'avril déracinés.

Nous avons nos Limbes mentales
Où sont des désirs mal éclos,
Des fleurs où manquent des pétales;

Jardins obscurs comme un chaos
Où des amours non abouties
Vivent encor, mais les yeux clos.

Ah! tant d'images décaties!
Et tout ce beau froment en vain
Qui rêvait d'être des hosties.

Sombre royaume souterrain,
Labyrinthe d'inconscience,
C'est là qu'on est un peu divin…

Un rêve y dure, un voeu s'élance;
Un espoir vit, quoique déçu;
Un reflet à l'eau se fiance;

Et cela bouge à mon insu
Dans ce clair-obscur de moi-même:
Tout un Univers mal conçu,

Et tout des songes sans baptême!