La pauvre Angélique, un peu rétablie, fut forcée de se remettre à cheval sur l'unique haquenée que possédait le ménage: «Toute débile que j'étais, dit-elle, ou, pour dire la vérité, demi-morte, je montai à cheval pour aller avec mon mari rejoindre l'armée,—où je fus si étonnée de voir autant de femmes que d'hommes, entre beaucoup de celles de colonels et capitaines.»

Son mari alla faire la révérence au grand colonel nommé Gildase, lequel, comme Wallon, avait entendu parler du comte Longueval de Bucquoy, qui avait défendu la Frise contre Henri IV. Il fit grande caresse au mari d'Angélique, et lui dit qu'en attendant une compagnie, il lui donnerait une lieutenance,—et qu'il allait mettre mademoiselle de Longueval dans le carrosse de sa sœur, qui était mariée au premier capitaine de son régiment.

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Le malheur ne se lassait pas de frapper les nouveaux époux. La Corbinière prit la fièvre, et il fallut le soigner.—I1 y a de bonnes gens partout: Angélique ne se plaint que d'avoir été promenée, «tantôt à un lieu, tantôt à un autre,» par le malheur de la guerre,—à la façon des Égyptiennes,—ce qui ne pouvait lui plaire, encore qu'elle eut plus de sujets de se contenter que pas une femme, puis-qu'elle était la seule qui mangeât à la table du colonel avec seulement sa sœur.—Et le colonel encore montrait trop de bonté à La Corbinière,—en ce qu'il lui donnait les meilleurs morceaux de la table ... à cause qu'il le voyait malade.»

Une nuit, les troupes étant en marche, le meilleur logement qu'on pût offrir aux dames fut une écurie, où il ne fallait coucher qu'habillés à cause de la crainte de l'ennemi. «En me réveillant au milieu de la nuit, dit Angélique, je ressentis un si grand frais que je ne pus m'empêcher de dire tout haut: Mon Dieu! je meurs de frais!» Le colonel allemand lui jeta alors sa casaque, se découvrant lui-même, car il n'avait pas autre chose sur son uniforme.

Ici arrive une observation bien profonde:

«Tous ces honneurs, dit-elle, pouvaient bien arrêter une Allemande, mais non pas les Françaises, à qui la guerre ne peut plaire...»

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Rien n'est plus vrai que cette observation. Les femmes allemandes sont encore celles de l'époque des Romains. Trusnelda combattait avec Hermann. A la bataille des Cimbres, où vainquit Marius, il y avait autant de femmes que d'hommes.

Les femmes sont courageuses dans les événements de famille, devant la souffrance, la mort. Dans nos troubles civils, elles plantent des drapeaux sur les barricades;—elles portent vaillamment leur tête à l'échafaud. Dans les provinces qui se rapprochent du nord ou de l'Allemagne, on a pu trouver des Jeanne d'Arc et des Jeanne Hachette. Mais la masse des femmes françaises redoute la guerre, à cause de l'amour qu'elles ont pour leurs enfants.