C'est celle que nous avons également citée dans les Faux-Saulniers, qui commence ainsi dans le Beauvoisis, où nous l'avons entendu chanter, dépouillée de toute couleur chevaleresque et locale:
Dessous le rosier blanc—La belle se promène.
Voilà le début, simple et charmant; où cela se passe-t-il? Peu importe! Ce serait si l'on voulait la fille d'un sultan rêvant sous les bosquets de Schiraz, Trois cavaliers passent au clair de la lune: «Montez, dit le plus jeune, sur mon beau cheval gris.» N'est-ce pas là la course de Lénore, et n'y a-t-il pas une attraction fatale dans ces cavaliers inconnus!
Ils arrivent à la ville, s'arrêtent à une hôtellerie éclairée et bruyante. La pauvre fille tremble de tout son corps:
Aussitôt arrivée,—L'hôtesse la regarde.—«Êtes-vous ici par force—Ou pour votre plaisir?—Au jardin de mon père—Trois cavaliers m'ont pris.»
Sur ce propos, le souper se prépare: «Soupez, la belle, et soyez heureuse;
Avec trois capitaines,—Vous passerez la nuit.» Mais le souper fini,—La belle tomba morte.—Elle tomba morte—Pour ne plus revenir!
«Hélas! ma mie est morte! s'écrie le plus jeune cavalier; qu'en allons-nous faire?...» Et ils conviennent de la reporter au château de son père, sous le rosier blanc.
Et, au bout de trois jours,—La belle ressuscite.
—«Ouvrez, ouvrez, mon père,—Ouvrez sans plus tarder!—Trois jours j'ai fait la morte,—Pour mon honneur garder.»
La vertu des filles du peuple attaquée par des seigneurs félons a fourni encore de nombreux sujets de romances. Il y a, par exemple, la fille d'un pâtissier, que son père envoie porter des gâteaux chez un galant châtelain. Celui-ci la retient jusqu'à la nuit close, et ne veut plus la laisser partir. Pressée de son déshonneur, elle feint de céder, et demande au comte son poignard pour couper une agrafe de son corset. Elle se perce le cœur, et les pâtissiers instituent une fête pour cette martyre boutiquière.