La belle était assise—Près du ruisseau coulant,—Et dans l'eau qui frétille,—Baignait ses beaux pieds blancs.

—Allons, ma mie, légèrement!—Légèrement!

C'est une jeune fille des champs qu'un seigneur surprend au bain comme Percival surprit Griselidis. Un enfant sera le résultat de leur rencontre. Le seigneur dit:

«En ferons-nous un prêtre,—Ou bien un président?

—Non, répond la belle, ce ne sera qu'un paysan:

—On lui mettra la botte—Et trois oignons dedans ... —Il s'en ira criant:—«Qui veut mes oignons blancs? —Allons, ma mie, légèrement, etc.

Nous nous arrêtons dans ces citations si incomplètes, si difficiles à faire comprendre sans la musique et sans la poésie des lieux et des hasards, qui font que tel ou tel de ces chants populaires se grave ineffaçablement dans l'esprit. Ici, ce sont des compagnons qui passent avec leurs longs bâtons ornés de rubans; là, des mariniers qui descendent un fleuve; des buveurs d'autrefois (ceux d'aujourd'hui ne chantent plus guère), des lavandières, des faneuses, qui jettent au vent quelques lambeaux des chants de leurs aïeules. Malheureusement, on les entend répéter plus souvent aujourd'hui les romances à la mode, platement spirituelles, ou même franchement incolores, variées sur trois à quatre thèmes éternels. Il serait à désirer que de bons poëtes modernes missent à profit l'inspiration naïve de nos pères, et nous rendissent, comme l'ont fait les poëtes d'autres pays, une foule de petits chefs-d'œuvre qui se perdent de jour en jour avec la mémoire et la vie des bonnes gens du temps passé.


[JEMMY]